Le vrai début, de Lourdes à Asson.
Nuit et matinée à Lourdes, puis départ à pied en direction d’Asson.
Au final, j’ai dormi allongé sur un banc, en testant pour la première fois le sac de couchage. Le réveil a été très tôt, aussi parce que je gardais toujours un œil ouvert à cause du sac. J’ai passé la matinée à Lourdes et là j’ai décidé que, au lieu de prendre un bus vers Saint-Jean-Pied-de-Port, je partirais à pied depuis là. J’avais rencontré un groupe d’Italiens qui m’avait proposé de partager un van pour rejoindre Saint-Jean, mais à ce moment-là j’ai compris quelque chose qui, pour moi, faisait toute la différence : oui, j’avais une date de retour fixée au 10 juillet, mais je l’avais prévue avec une large marge pour les imprévus et c’était une date de confort, pas une obligation ; je n’avais pas à courir. Je pouvais choisir vraiment, et je sentais que je voulais commencer à marcher à pied exactement depuis là. C’était la première fois que je ressentais une sensation extrême de liberté : pouvoir changer de programme sans prévenir personne, sans demander la permission, sans compromis. À partir de ce moment, le parcours a vraiment commencé : direction Asson. Pendant la marche, j’ai trouvé deux branches qui pouvaient servir de bâton et j’ai décidé de les prendre. Je ne savais pas encore que l’une d’elles deviendrait ma compagne de voyage pendant tous les jours jusqu’à Santiago, et qu’à la fin je la ramènerais aussi chez moi.
Pendant le parcours, j’ai trouvé deux sacs pleins de livres abandonnés près de poubelles : quelqu’un les jetait. Ça m’a intrigué et je me suis dit qu’au moins un, je devais le prendre. Ils étaient tous en français ; au final j’en ai choisi un et je l’ai gardé avec moi pendant tout le chemin.
Le programme initial était d’atterrir à Lourdes le 3 juin et de rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port en bus le lendemain, pour commencer de là le Camino français à son point de départ officiel. J’avais déjà pris aussi les billets retour, en construisant tout sur un peu moins de 40 jours au total : dans ma tête, cela représentait environ trente jours de marche plus une semaine de marge pour les imprévus. Mais une fois sur place, j’ai décidé à l’instinct que je voulais commencer à pied directement depuis Lourdes, en sachant très bien que de cette manière je grillerais immédiatement toute la semaine que j’avais mise de côté pour les imprévus, avant même d’arriver au véritable début du Camino. La réflexion a été simple : personne ne me poursuivait, je ne devais pas retourner au travail, je n’avais pas de petite amie impatiente qui m’attendait à la maison, je n’avais pas d’enfants qui dépendaient de moi et je n’avais pas de responsabilités pressantes qui me tenaient l’esprit occupé. Ça n’avait pas de sens de m’imposer des dates rigides. C’était mon année sabbatique et je voulais la vivre avec légèreté, sans m’imposer de contraintes, en laissant de la place à l’improvisation et aux choix faits sur le moment.
Départ effectif à pied depuis Lourdes, sans bus ni van, première étape vers Asson : 23 km entièrement en solitaire. À l’auberge, j’ai rencontré une Italienne prénommée Maria : jusque-là, c’était la seule personne que j’avais croisée en train de faire le chemin. Et c’est justement Maria qui m’a donné un conseil fondamental : je ne savais pas encore qu’il y avait des balises à suivre, et ce jour-là j’avais fait tout le trajet sur la route au lieu des sentiers. Elle m’a dit de regarder les marques blanches et rouges le long du parcours. Ça a été une révélation. À ce moment-là, j’ai compris à quel point j’étais parti à l’aventure, sans aucune préparation. Et au lieu de me faire sentir en défaut, cette découverte me rendait fier : l’aventure et l’improvisation sont exactement ce que je cherche dans un voyage itinérant. Je n’aime pas partir avec tout programmé et défini ; j’aime découvrir les choses au moment et prendre des décisions pragmatiques en avançant. Pour le lendemain matin, de la pluie était prévue toute la matinée, donc je savais qu’une journée compliquée m’attendait sous la pluie, et que je devais déjà sortir ma veste coupe-vent jaune fluo que j’avais achetée exprès pour un autre voyage itinérant, quelques années plus tôt, de Turin à Barcelone à vélo. Qui sait, peut-être qu’un jour je ferai aussi le journal de voyage de celui-là !
Si la lecture de ce journal vous donne le sentiment que le Camino vous appelle, mais que vous avez encore besoin d’y voir un peu plus clair, commencez par le guide gratuit.
Notes du jour